Puis vint l’heure des examens finaux, un moment redouté qui marquait la fin d’une année à l’école Impériale de Mor. Toutes les matières étudiées au cours de cette période – des cours principaux aux extrascolaires – allaient être testées dans une série d’épreuves impitoyables. Deux semaines intenses s’annon?aient, où, du matin au soir, pendant huit heures d’affilée, les examens s’encha?neraient sans répit, une tempête de papier et d’encre prête à engloutir Mero et ses camarades. Il n’y avait pas d’échappatoire, pas de pause pour reprendre son souffle – juste un déluge de questions, de calculs et de mots à coucher sur le parchemin, sous le regard implacable des surveillants.
Le premier jour se leva comme une menace silencieuse, l’aube pale filtrant à travers les rideaux de sa chambre alors que Mero ouvrait les yeux, le corps déjà lourd d’une fatigue anticipée. Il se redressa, les muscles raides, l’esprit encore embrouillé par les heures de révision de la veille. Chaque matin serait ainsi désormais – un combat pour émerger du lit, pour chasser les ombres du sommeil et affronter une journée qui semblait interminable avant même d’avoir commencé. Les matières s’entassaient dans son esprit comme des vagues prêtes à le submerger : histoire impériale avec ses dates et ses batailles, langues étrangères aux sonorités étranges, navigation avec ses cartes et ses calculs précis, arts où chaque geste devait être parfait, et puis ces cours inattendus – biologie humaine et éducation sexuelle – qui le plongeaient encore dans une gêne qu’il ne savait ma?triser. Il avait travaillé sans relache pour arriver ici, mais cette dernière épreuve semblait vouloir tester non seulement ses connaissances, mais sa volonté même de survivre.
Les couloirs de l’école bruissaient d’une tension palpable alors qu’il rejoignait les autres élèves dans la grande salle d’examen. Les bancs de bois sombre étaient alignés comme des rangées de soldats, chaque place marquée par un nom et un destin incertain. Sven et Dorian étaient là, leurs visages tirés par la fatigue mais leurs regards br?lant d’une détermination farouche. éléonore, plus loin, ajustait ses lunettes avec une précision mécanique, un rempart contre l’angoisse qui flottait dans l’air.
Les épreuves commencèrent sous une cloche stridente, un son qui résonna dans sa poitrine comme un glas. La première journée fut une plongée dans l’histoire impériale, des pages et des pages de questions sur les dynasties, les guerres et les alliances qui avaient forgé l’Empire. Chaque mot semblait danser devant ses yeux, les dates s’emmêlant dans son esprit comme des cordes nouées par le vent. Il griffonna ses réponses avec une frénésie contenue, sa plume grattant le parchemin dans un crissement qui lui vrillait les nerfs. à peine une épreuve terminée, une autre prenait sa place – navigation, cette fois, avec des cartes à déchiffrer sous une lumière vacillante, des calculs à résoudre alors que ses doigts tremblaient de fatigue. Les heures s’étiraient, interminables, un marathon où chaque pas semblait plus lourd que le précédent.
Les deux semaines devinrent une épreuve aussi physique que mentale, un assaut contre son corps et son esprit. Chaque matin, Mero se levait avant l’aube, les paupières lourdes comme du plomb, le dos courbé par des nuits trop courtes. Il avalait un bol de porridge tiède sans vraiment le go?ter, l’estomac noué par l’angoisse, puis se tra?nait jusqu’à la salle d’examen, ses pas résonnant dans les couloirs encore sombres. Les matières s’encha?naient sans répit : un jour, c’était la langue orientale, ses caractères complexes qu’il peinait à tracer avec précision ; le lendemain, la biologie humaine, où il rougissait encore sous les explications détaillées de la professeure, son ignorance d’enfant le rattrapant à chaque mot. Même les cours extrascolaires, comme la danse – un art qu’il avait appris à apprécier avec Mandarine – devenaient une torture, ses mouvements maladroits sous le regard sévère des examinateurs.
Les révisions étaient un combat incessant. En groupe avec Sven, Dorian et éléonore, il passait des heures dans la bibliothèque, entouré de piles de livres et de parchemins jaunis, l’odeur d’encre et de papier ancien emplissant ses narines. Les discussions étaient rares, brisées seulement par des murmures fatigués ou des soupirs d’épuisement. ? Tu crois qu’ils vont vraiment nous demander les courants de l’Océan Théthien ? ? grommela Dorian un soir, frottant ses yeux rougis. ? Ils demandent tout, ? répondit Sven, sa voix rauque de fatigue, avant de replonger dans ses notes. Mero hochait la tête, trop las pour parler, son esprit tournant en boucle autour des formules et des faits qu’il craignait d’oublier.
Parfois, il s’isolait dans sa chambre, seul avec ses livres, la lumière d’une chandelle vacillante projetant des ombres dansantes sur les murs. Ces moments devenaient une lutte contre lui-même – ses paupières s’alourdissaient, son corps hurlait pour un repos qu’il ne pouvait offrir. Il se pin?ait la peau du bras pour rester éveillé, le souffle court, les mots se brouillant devant ses yeux jusqu’à ce qu’il doive relire une phrase dix fois pour en saisir le sens. Les nuits étaient courtes, hantées par des rêves confus où des cartes marines s’effa?aient sous ses doigts et des voix d’examinateurs le réprimandaient sans fin. Il se réveillait en sursaut, le c?ur battant, pour découvrir qu’il n’avait dormi qu’une heure ou deux avant que l’aube ne le rappelle à sa tache.
Les épreuves s’encha?naient dans un tourbillon impitoyable, minutées avec une précision cruelle. Chaque salle d’examen était un champ de bataille, l’air chargé d’une tension presque palpable. Les surveillants arpentaient les rangées, leurs pas lourds résonnant comme un tambour funèbre, leurs regards scrutant chaque élève comme pour déceler une faiblesse. Les questions étaient ardues, parfois brutales – des dissertations exigeant une profondeur qu’il n’était pas s?r de posséder, des calculs nécessitant une clarté qu’il peinait à maintenir. Il sentait les regards furtifs de ses camarades, certains confiants, d’autres au bord de l’effondrement, et cette compétition silencieuse ajoutait une pression qu’il n’avait pas anticipée.
Stolen from Royal Road, this story should be reported if encountered on Amazon.
Le rythme était infernal, et Mero se sentait poussé à ses limites, un naufragé luttant contre des vagues décha?nées. Les jours se confondaient en une brume d’épuisement, son corps criant à chaque mouvement, son esprit vacillant sous le poids des connaissances qu’il devait invoquer. L’éducation sexuelle, avec ses explications crues et ses vérités qu’il découvrait encore, le mettait dans une position délicate – il voulait clore ce chapitre, effacer la gêne qui le poursuivait depuis ses premières le?ons, mais les questions le for?aient à plonger plus loin, à affronter ce qu’il avait évité. Les arts, qu’il avait autrefois appréciés, devenaient un calvaire – ses doigts tremblaient sur la plume, ses esquisses manquaient de la grace qu’il savait posséder.
La pression montait, un étau invisible qui serrait sa poitrine. Il y avait des moments où il se sentait perdu, submergé par l’ampleur de ce qu’on exigeait de lui. Lors d’un examen de navigation, une carte complexe s’étalait devant lui, ses lignes floues sous ses yeux fatigués. Il calcula mal un courant, corrigea, recalcula, chaque erreur comme un coup porté à sa confiance. ? Concentre-toi, ? se murmurait-il, les dents serrées, mais le chaos dans sa tête mena?ait de le faire chavirer. Il rendit sa copie avec un soupir tremblant, convaincu qu’il avait échoué, que tout ce qu’il avait appris s’effritait sous la fatigue.
Pourtant, il n’abandonnait pas. Même dans les pires instants, une flamme vacillante br?lait encore en lui – un mélange de devoir, d’orgueil, et de la promesse qu’il s’était faite de ne pas faillir. Il puisait dans cette détermination, se for?ant à avancer, à creuser plus profondément dans ses réserves. Les révisions en groupe avec Sven et Dorian devenaient des ancres – leurs voix, leurs blagues fatiguées, leurs silences complices le ramenaient à la surface quand il sombrait. ? On y est presque, ? disait Dorian un soir, les yeux rougis mais le sourire intact. ? Presque, ? répétait Sven, et Mero hochait la tête, accroché à cet espoir ténu.
à mesure que les jours passaient, un sentiment de libération grandissait malgré l’épuisement. Chaque épreuve achevée était une bataille gagnée, chaque question répondue un pas vers la fin. Les derniers examens approchaient, et il sentait son corps céder – ses mains tremblaient sur la plume, ses épaules s’affaissaient sous un poids invisible – mais son esprit refusait de flancher. Il n’avait qu’une obsession : finir, réussir, et enfin relacher cette pression qui mena?ait de l’étouffer.
Le dernier jour arriva comme une aube incertaine, le ciel strié de rose alors qu’il entrait dans la salle pour l’épreuve finale – une dissertation sur la politique impériale, une synthèse de tout ce qu’il avait appris. Les heures s’écoulèrent dans un silence oppressant, sa plume grattant le parchemin avec une urgence désespérée. Il écrivit jusqu’à ce que ses doigts soient engourdis, jusqu’à ce que le surveillant annonce la fin dans un murmure sec : ? Temps écoulé. ? La salle se vida lentement, un flot d’élèves épuisés tra?nant leurs pas vers la sortie, laissant derrière eux un silence qui contrastait avec le tumulte des jours précédents.
Mero resta un instant immobile, les yeux fixés sur sa copie, un mélange de fatigue et de satisfaction le traversant comme une vague douce. Il avait survécu. Il ne savait pas encore s’il avait brillé ou simplement tenu bon, mais il avait donné tout ce qu’il pouvait. Il se leva, les jambes vacillantes, et quitta la salle, l’air frais du couloir frappant son visage comme une bénédiction.
Il rentra dans son appartement épuisé, un spectre aux épaules vo?tées et aux yeux cernés. La porte se referma derrière lui avec un claquement sourd, et il tituba jusqu’à son lit, incapable de faire un pas de plus. Le matelas semblait l’appeler, une promesse de réconfort après des jours de lutte. Il s’y laissa tomber sans même retirer ses vêtements, sa tunique froissée et ses bottes encore aux pieds, trop las pour se soucier des convenances. Le silence de la chambre l’enveloppa, un calme presque irréel après le chaos des semaines passées.
Ses muscles hurlaient de fatigue, chaque fibre de son corps protestant contre l’effort qu’il leur avait imposé. Les derniers jours, les nuits trop courtes, l’adrénaline des examens – tout cela pesait encore sur lui, une tempête qui s’éloignait mais laissait des vagues dans son sillage. Son esprit était une mer apaisée mais trouble, les concepts et les questions dansant encore dans un flou lointain. L’incertitude des résultats planait, une brume qu’il n’avait pas la force de dissiper, mais pour l’instant, cela importait peu.
Ses yeux se fermèrent presque malgré lui, le monde s’effa?ant dans une obscurité douce. Les pensées défilèrent, lentes et confuses – des cartes marines, des formules, le visage de Mandarine – avant de s’évanouir dans un sommeil profond, réparateur, qui l’emporta loin des examens, loin de tout. Il n’avait pas besoin de rêver pour savoir qu’il avait tout donné. C’était un moment de pause, un instant où il pouvait simplement exister, libéré du poids des épreuves.
Lorsqu’il se réveilla, une lumière douce filtrait à travers les rideaux, baignant la chambre d’une lueur tamisée. Il cligna des yeux, désorienté, et sentit sous ses doigts la douceur d’un pyjama qu’il ne se souvenait pas avoir enfilé. Une vague de confusion le traversa, suivie d’une rougeur br?lante qui lui monta aux joues. Quelqu’un l’avait changé pendant son sommeil – un serviteur, sans doute, ou peut-être Leila – et cette pensée le frappa comme une intrusion brutale dans son intimité.
Il se redressa brusquement, le c?ur battant, son corps d’adolescent soudain trop grand, trop maladroit pour lui-même. à quatorze ans, il était encore en pleine transition, ses membres s’allongeant, sa voix s’épaississant, chaque changement un rappel qu’il n’était plus l’enfant qu’il avait été. Il n’avait pas de boutons, pas comme la princesse impériale qui dissimulait les siens sous des couches de maquillage, mais cette chance ne suffisait pas à effacer le malaise qui le saisissait. être vu ainsi, vulnérable, endormi, exposé – cela ravivait une timidité qu’il croyait avoir surmontée. Qui l’avait déshabillé ? Qui avait effleuré son corps épuisé pour le glisser dans ces vêtements ? La honte le submergea, un drame intime qu’il ne pouvait partager.
Il passa une main sur son visage, tentant de chasser cette sensation, mais elle resta là, tenace, un écho des bouleversements qu’il vivait depuis des mois. Les examens étaient finis, mais ce réveil étrange marquait un autre tournant – une prise de conscience brutale de sa propre fragilité, de son corps qui changeait sans lui demander son avis. Il soupira, le rouge s’estompant lentement de ses joues, et murmura à lui-même : ? Au moins, c’est fini. ? Le lit était encore là, réconfortant malgré tout, et il s’y rallongea un instant, laissant la paix revenir doucement, un refuge dans la tempête de son adolescence.