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L’île papillon

  Mero se penche avec curiosité vers la carte que la secrétaire déploie sur le bureau, ses lignes délicates révélant une ville et une ?le à explorer au c?ur de l’Océan Vert. Les doigts de la femme, fins et précis, indiquent un point précis, et les yeux de Mero s’illuminent d’un éclat d’anticipation. ? Un volcan actif, dites-vous ? ? s’exclame-t-il, sa voix mêlant une retenue courtoise à une excitation contenue. ? Cela promet d’être impressionnant, et certes un peu risqué. Mais n’est-ce point là ce qui rend de tels voyages inoubliables ? Si cette ?le est véritablement semi-tropicale, il est fort probable qu’elle abrite des paysages d’une magnificence rare. ?

  à ses c?tés, Sven, prince de Fer, observe la carte avec un intérêt égal, ses traits bruns et ses yeux sombres reflétant une lueur d’aventure. Le voyage en train jusqu’à cette ville s’annonce comme une occasion idéale pour les deux princes de converser et de méditer sur l’expédition à venir. Une fois parvenus à destination, le trajet en bateau offrira sans doute une exaltation supplémentaire, avec la mer infinie et les paysages mouvants s’étendant devant eux comme un tableau vivant.

  ? Je suis de la partie, Mero ?, déclare Sven, un large sourire illuminant son visage. ? Toutefois, il nous faudra nous préparer avec soin. Ce ne sera pas une simple escapade ; il conviendra d’être prêts à toute éventualité. ?

  Mero partage cet enthousiasme princier pour l’aventure qui se profile. En une journée, leurs préparatifs sont achevés. Les valises sont soigneusement disposées, et les billets de train, d?ment acquis, reposent entre leurs mains. La mer, les montagnes et l’?le volcanique semblent à portée de regard, presque tangibles dans leur promesse de découverte.

  Mero adresse alors un ordre à son ma?tre de maison temporaire, un homme au port austère mais d’une efficacité irréprochable. ? Prépare mes affaires ?, commande-t-il avec une autorité mesurée. ? Leila doit se reposer ; sa grossesse est délicate, et je ne souffrirai point qu’elle soit troublée dans son état. ? La fidèle ma?tresse d’h?tel, épuisée par les rigueurs de sa condition, ne participera pas à ce périple. Ainsi, Mero, Sven et deux gardes impériaux formeront l’escorte de cette noble quête.

  Le voyage s’annonce exaltant, mais Mero sait que le bien-être de Leila demeure une priorité. Une fois les préparatifs terminés, il serait sage de s’assurer que tout est en ordre avant de s’élancer, afin que Leila repose dans les meilleures conditions possibles. Pourtant, le départ approche, et l’excitation de découvrir un lieu nouveau se mêle à une légère appréhension, offrant à Mero et Sven l’opportunité d’explorer un monde différent avant leur retour à l’école. à l’horizon, les montagnes de l’?le se dressent, silhouettes majestueuses qui laissent présager des merveilles à venir.

  Ils montent à bord du train, naturellement dans la suite royale, car leur statut de princes royaux ne tolère rien de moins. La compagnie ferroviaire impériale, soucieuse de leur dignité, n’aurait jamais permis une autre disposition. Le voyage en train se déroule sans acros, les plaines dorées succédant aux collines verdoyantes sous un ciel d’azur éclatant, jusqu’à ce que le port apparaisse enfin, annon?ant une nouvelle étape de leur odyssée.

  Au port, l’air salin et l’odeur vivifiante de l’eau emplissent les narines de Mero, ravivant en lui l’excitation d’un voyage maritime. Le bateau qui les attend se dresse, imposant et robuste, ses voiles blanches prêtes à défier les vagues. L’équipage s’active avec diligence, saluant leur arrivée avec une révérence empreinte de respect. Le paysage qui se dévoile sous leurs yeux est d’une beauté saisissante : une mer calme s’étend à perte de vue, ses eaux d’un bleu profond réfléchissant le ciel, tandis que les montagnes de l’?le semi-tropicale, couronnées d’un volcan actif, s’élèvent avec une majesté presque irréelle. Cet endroit, exotique et encore peu exploré, exhale une atmosphère singulière, mêlant mystère et grandeur.

  Sven, à c?té de Mero, partage ce sentiment d’aventure. Sa curiosité pour cette ?le mystérieuse le pousse à interroger l’équipage avec une vivacité courtoise, s’installant sur le pont avec une aisance naturelle. Les deux gardes, vigilants mais discrets, se placent autour d’eux, leurs regards scrutant l’horizon, prêts à intervenir si besoin, bien qu’aucun danger immédiat ne se profile. Le voyage maritime s’annonce agréable, mais l’idée de découvrir un lieu si peu connu de l’Empire enflamme l’impatience de Mero. Il contemple l’horizon, se demandant quelles merveilles les attendent. Une aventure inédite se dessine devant eux.

  Ils prennent place à bord du bateau, et Mero ressent une bouffée d’exaltation contenue. Cela fait dix mois qu’il n’a pas foulé le pont d’un navire, tandis que Sven, lui, n’a pas go?té à la mer depuis deux ans. Une excitation qui anime leurs c?urs alors qu’ils retrouvent cet univers qui leur est si familier. Un frisson parcourt l’équipage et les passagers, une énergie palpable qui unit ces deux jeunes héritiers dans une communion maritime. Pour Mero et Sven, tous deux souverains dans leurs pensées tournées vers les flots, cette traversée ravive une liberté ancienne, un lien profond avec la mer qu’ils portent dans leur sang.

  La sensation du vent, vif et salé, caresse leurs visages, tandis que le bruit des vagues, régulier et apaisant, résonne comme une vieille chanson oubliée. Il y a une magie indéniable à renouer avec cet élément après une si longue absence, une harmonie qui transcende leur statut princier pour toucher l’essence même de leur être. L’équipage, r?dé par des années de navigation, prend ses marques avec une précision admirable. Les voiles se déploient sous les ordres du capitaine, et le bateau glisse doucement sur l’eau, ses mouvements fluides évoquant la grace d’un cygne sur un lac d’azur. à l’horizon, les montagnes de l’?le se dessinent peu à peu, le volcan en leur sommet paraissant endormi sous une couronne de nuages, son ombre imposante dominant l’étendue bleue.

  Sven, tel un enfant retrouvant un jouet perdu, observe chaque détail avec un émerveillement évident. Il se tourne vers Mero, un large sourire illuminant son visage. ? Te souviens-tu de la mer ainsi ? ? demande-t-il, ses yeux sombres brillant de nostalgie.

  Mero incline la tête, un sourire discret jouant sur ses lèvres. ? Elle demeure gravée dans mon ame ?, répond-il, sa voix teintée d’une gravité juvénile. Les deux gardes, bien que plus réservés, ne peuvent dissimuler une lueur d’enthousiasme dans leurs regards sévères. Même dans leur position de noblesse, tous partagent ce go?t inné pour l’aventure, une soif de découverte qui transcende les titres et les devoirs.

  Pendant que l’équipage s’affaire avec efficacité, ajustant les cordages et surveillant les voiles, Mero et Sven arpentent le pont, leurs pas résonnant sur le bois usé par les éléments. Ce lieu leur appartient, une seconde demeure où chaque mouvement, chaque roulis des vagues sous la coque, évoque une mélodie familière. L’air salin, mêlé à l’odeur du bois verni et des cordes humides, leur rappelle qu’ils sont dans leur élément, un domaine où ils règnent par instinct plus que par décret.

  Mero marche lentement, ses bottes foulant le pont avec assurance, le grincement du bois sous son poids résonnant comme un écho rassurant d’aventures passées et futures. Sven, à ses c?tés, partage cette complicité avec la mer, ses yeux suivant les voiles qui se gonflent sous l’impulsion du vent. ? Vois-tu, tout cela… ?, dit-il en désignant un marin ajustant la grand-voile avec une précision experte, ? c’est comme une vieille amie. On la conna?t par c?ur, et pourtant, elle ne cesse de nous surprendre, de nous rappeler notre essence. ?

  La brise marine caresse leurs visages, et l’Océan Vert s’étend devant eux, d’un bleu intense qui se fond dans le ciel azur à l’horizon. Le bateau prend de la vitesse, ses voiles blanches frémissant sous la force du vent, et une sérénité profonde enveloppe Mero. Le monde terrestre s’efface presque, laissant place à cet horizon infini qui appelle leur esprit princier. Sven, dont la nature n’incline pas à une contemplation prolongée, se tourne vers lui avec un sourire malicieux. ? Alors, paries-tu que je repérerai une tempête avant toi ? ?

  Un rire léger échappe à Mero, une note claire dans l’aria maritime qui les entoure. ? Il est vrai que nous avons l’?il aiguisé pour déchiffrer les signes de la mer ?, répond-il, ? ces détails subtils que seuls les marins discernent – une onde furtive sur l’eau, une variation dans le vent. ? Mais pour l’heure, l’horizon demeure paisible, les flots d’une clarté idéale offrant une traversée sans heurts.

  Ce soir-là, alors que le soleil décline, la mer se pare d’or et de rouge, ses reflets dansant comme des flammes liquides sous le ciel crépusculaire. La silhouette de l’?le se rapproche lentement, une promesse de découvertes qui se profile dans la pénombre naissante. Mero et Sven, tout en échangeant souvenirs et projets, se laissent bercer par ce retour à la mer, ce monde vaste et infini qui demeure leur véritable domaine. L’équipage, quant à lui, poursuit ses man?uvres avec une habitude indéfectible, le navire glissant sans heurt, fidèle à la réputation de son capitaine. Mais pour les deux princes, cette traversée transcende une simple navigation ; elle marque le début d’une aventure nouvelle et un retour aux racines enfouies dans leurs ames de marins royaux.

  Ils arrivent au matin, le soleil brillant à l’horizon, réchauffant doucement l’air frais qui flotte sur l’Océan Vert. Le paysage autour de l’?le se révèle dans toute sa splendeur, une beauté qui coupe le souffle. La mer cristalline borde des plages de sable fin, tandis que des falaises escarpées s’élèvent comme des sentinelles austères. L’?le, en forme de papillon, déploie ses ailes dans un contraste saisissant : l’aile nord-est, semi-aride, s’étend en terres ocre et sèches, tandis que l’aile sud-ouest, tropicale, s’épanouit en une végétation luxuriante, dominée par le volcan dont la silhouette imposante semble veiller sur ce domaine insulaire, émettant une aura de puissance silencieuse.

  Ils jettent l’ancre près du port d’Aiguille, la ville principale nichée à l’intersection des deux ailes de l’?le. Les batiments s’élèvent avec une élégance singulière, mêlant l’architecture coloniale aux traditions locales – des fa?ades blanches aux toits de tuiles rouges, ponctuées de motifs sculptés évoquant les flots et les vents. Le marché local déborde d’odeurs exotiques et de couleurs vives : des fruits tropicaux aux teintes éclatantes, des épices en monticules odorants, et le chant des marchands emplissant l’air d’une mélodie vive. Le port vit au rythme des bateaux et des pêcheurs, leurs filets scintillant sous le soleil matinal, tandis que les montagnes volcaniques se dressent en arrière-plan, majestueuses et imposantes. Cet endroit, où la nature s’entrelace à l’agitation paisible de la ville, exhale un sentiment de liberté que Mero savoure avec délice, loin des contraintes impériales qui régissent habituellement son existence.

  Mero et Sven descendent du navire, leurs tuniques princières captant la lumière du matin alors qu’ils respirent l’air salin et doux. Le voyage a été long, mais cette ?le dépasse leurs attentes les plus nobles. Une aventure inattendue se profile devant eux, et ils s’avancent dans les rues d’Aiguille avec assurance. La population les dévisage, intriguée par ces deux adolescents richement vêtus, escortés par deux gardes impériaux aux armures ornées du sceau de l’Empire. Leurs habits – tuniques de lin brodées d’or et d’argent, pantalons ajustés aux galons discrets – contrastent avec la simplicité chaleureuse de la ville, et les murmures d’étonnement des habitants ne passent pas inaper?us.

  Ils parcourent les rues pavées, passant devant des maisons aux fa?ades éclatantes de couleurs – ocre, turquoise, corail – et des étals débordant de fruits juteux, de poissons aux écailles argentées et d’artisanats délicats. L’odeur des épices – cumin, cannelle, poivre sauvage – flotte dans l’air, se mêlant au bruit des vendeurs vantant leurs produits dans une langue chantante. Cette fusion de cultures, où les traditions locales rencontrent des influences impériales, fascine Mero et Sven, qui s’ouvrent peu à peu aux regards curieux mais respectueux des habitants.

  Au détour d’une ruelle, ils croisent un guide local, un homme robuste au sourire chaleureux, vêtu d’un manteau de toile simple mais fonctionnel. Il s’incline légèrement devant eux, ses yeux pétillants de compréhension. ? Permettez-moi de vous conduire aux merveilles de cette ?le, Vos Altesses ?, propose-t-il d’une voix grave et assurée. ? Je puis vous offrir un aper?u de ses lieux les plus reculés, là où les visiteurs ordinaires ne s’aventurent point. ?

  ? Conduis-nous ?, ordonne Mero avec une autorité princière, son c?ur battant d’impatience à l’idée de plonger dans l’inconnu. Sven acquiesce avec un enthousiasme égal, et ils acceptent l’offre avec une ardeur contenue. Le guide leur explique qu’ils exploreront non seulement la beauté naturelle de l’?le, mais aussi ses recoins les plus secrets, où la faune et la flore défient l’imagination, et où la légende du volcan actif prend une ampleur presque tangible.

  Ils s’éloignent de la ville, laissant derrière eux l’agitation d’Aiguille pour s’enfoncer dans les sentiers de l’aile sud. Le guide les mène sur des routes escarpées, où la jungle tropicale déploie ses frondaisons luxuriantes, ses arbres aux troncs noueux s’élevant comme des sentinelles verdoyantes. Ils s’arrêtent dans un petit village perdu au c?ur de cette nature sauvage, ses maisons de bois et de pierre coiffées de toits en chaume s’intégrant harmonieusement au paysage. Une atmosphère paisible règne, bien différente de l’effervescence citadine, et les habitants les observent avec une curiosité discrète, leur offrant un accueil chaleureux marqué par des sourires et des gestes simples.

  Le guide les conduit jusqu’à une auberge modeste, où la chaleur du feu et l’odeur de la nourriture emplissent l’air. ? Nous passerons la nuit ici ?, annonce-t-il, sa voix résonnant avec une autorité naturelle. ? Mais je vous recommande de changer vos habits, Vos Altesses. Ces vêtements princiers ne sont guère adaptés à la marche qui nous attend demain. Les sentiers seront rudes, et la chaleur exigeante. ?

  Mero jette un regard à Sven, qui approuve d’un signe de tête. Ils se retirent dans leurs chambres respectives, troquant leurs tuniques impériales pour des tenues de toile légère, con?ues pour l’effort, et des bottes robustes qui épousent le sol irrégulier. Des chapeaux de paille viennent protéger leurs visages du soleil impitoyable de l’?le, tandis que leurs garde-robes princières, soigneusement pliées, reposent dans leurs sacs. Une fois changés, ils redescendent dans la salle commune, où une table simple mais généreuse les attend, regorgeant de fruits tropicaux aux couleurs éclatantes, de poisson grillé encore fumant, et de pain fra?chement cuit.

  Le guide, déjà assis, les invite à prendre place avec un geste courtois. Ils d?nent ensemble, discutant de l’aventure à venir, des particularités de l’?le, des dangers potentiels du volcan et de l’écosystème unique qui prospère sous son ombre. Le soir tombe doucement, les étoiles scintillant au-dessus des toits de chaume comme des éclats de cristal dans l’obscurité. Une sérénité particulaire enveloppe Mero, bien que l’excitation de ce qui les attend le lendemain croisse en lui comme une flamme vive. Il se permet un instant de rêver aux recoins secrets de cette terre lointaine, tandis que le guide les exhorte à se reposer pour l’aube prochaine. ? La route sera ardue ?, prévient-il, ? mais les découvertes en vaudront la peine. ?

  Après le d?ner, Mero, Sven, le guide et les gardes s’attardent un moment dans la salle commune de l’auberge, leurs visages baignés par la lueur vacillante du feu qui danse dans l’unique cheminée. L’atmosphère est empreinte d’une chaleur simple, presque rustique, contrastant avec les fastes auxquels les deux princes sont accoutumés. Ils discutent avec aisance, leurs voix mêlant curiosité et anticipation alors que le guide partage des récits de l’?le. Il évoque des explorateurs audacieux, dont certains ont tenté de percer les mystères du volcan ou de s’enfoncer dans les profondeurs de la jungle tropicale, et d’autres, moins fortunés, qui ont disparu dans les sentiers escarpés, emportés par les caprices de cette terre sauvage. Les gardes, attentifs mais silencieux, semblent davantage préoccupés par leur r?le de protection que captivés par ces histoires fascinantes, leurs regards scrutant les ombres au-delà des fenêtres comme s’ils guettaient un danger invisible.

  Au fil du temps, la conversation s’éteint doucement, les mots cédant la place au crépitement des flammes et aux murmures lointains de la mer, dont le chant discret se mêle aux bruissements de la jungle environnante. Le silence s’installe dans l’auberge, un calme profond seulement troublé par ces échos naturels. Ils se retirent alors pour la nuit, chacun gagnant ses quartiers modestes mais confortables, leurs esprits encore vibrants de curiosité et d’impatience pour les découvertes à venir.

  Mero s’installe rapidement dans son lit, une simple paillasse recouverte d’une couverture de laine tissée avec soin. Les chambres, bien que dépourvues du luxe impérial, offrent un refuge accueillant après une journée d’efforts. Il se tourne et se retourne sous les draps grossiers, son esprit bouillonnant encore des merveilles qu’ils ont contemplées ce jour-là – le port animé d’Aiguille, les rues pavées débordant de vie, et l’immense étendue de l’Océan Vert scintillant sous le soleil. Une sensation intense de voyage s’empare de lui, un mélange d’exaltation et d’étrangeté. Il est loin de tout ce qu’il conna?t, de son archipel natal de Sel et des fastes de l’école impériale, plongé dans un monde inconnu qui l’émerveille comme un enfant découvrant une terre vierge. Sven, dans la chambre voisine, semble déjà succomber au sommeil, sa respiration régulière audible à travers la mince cloison de bois. Les gardes, postés de l’autre c?té de l’auberge, veillent avec leur discrétion habituelle, leurs silhouettes ombrées par la lueur mourante du feu.

  Mero ferme les yeux après quelques minutes de réflexion, son c?ur battant légèrement plus fort à l’idée des secrets que l’?le leur révélera demain. La soirée a été agréable, un prélude empreint de sérénité, mais l’aube apportera le véritable commencement de leur aventure. Ils se couchent, leurs pensées tournées vers l’inconnu qui les attend, tandis que les gardes se répartissent les tours de garde, leurs pas feutrés résonnant à peine dans la nuit calme mais vibrante de vie. L’?le ne dort jamais vraiment, son silence lourd, presque solennel, pénétrant l’ame de Mero. Le bruit des vagues au loin se mêle aux murmures de la forêt, créant une atmosphère étrange et envo?tante qui l’accompagne dans un sommeil réparateur.

  Le matin se lève dans une chaleur douce, l’air chargé de l’humidité dense et parfumée de la jungle tropicale. Après un petit déjeuner simple mais nourrissant – des fruits juteux aux teintes éclatantes, du pain encore tiède et une infusion d’herbes locales – ils s’élancent t?t, prêts à embrasser les merveilles de l’?le. Le guide, une silhouette calme et assurée, prend la tête du groupe, ses pas réguliers et mesurés trahissant une connaissance intime des sentiers escarpés. Les deux gardes impériaux suivent, leurs armes discrètement attachées à leurs c?tés, leurs yeux scrutant les alentours avec vigilance, prêts à répondre à toute éventualité. Mero et Sven ferment la marche, échangeant parfois quelques mots courtois mais se laissant surtout absorber par la beauté sauvage qui les entoure.

  Le sentier qu’ils empruntent est étroit mais praticable, serpentant à travers une forêt où des racines d’arbres géants s’entrelacent comme des cordages naturels, tandis que des fougères et des plantes grimpantes aux feuilles d’un vert éclatant bordent leur chemin. L’air est lourd, saturé de l’odeur des plantes humides et de la terre fertile, chaque pas enfon?ant davantage Mero dans une dimension éloignée de la civilisation impériale qu’il conna?t si bien. Le guide, avec une érudition simple mais captivante, leur explique que leur destination est une cascade sacrée pour les habitants locaux, un lieu de purification et de rituels où certains viennent prier pour la chance ou la prospérité. à chaque tournant de la jungle, des sons étranges flottent dans l’air – les cris rauques d’animaux invisibles, les chants mélodieux d’oiseaux aux plumes éclatantes – ajoutant une note mystique à leur périple.

  Le chemin se fait bient?t plus abrupt, les pierres du sol luisantes d’humidité rendant chaque pas délicat, tandis que les racines des arbres forment des obstacles qu’ils contournent avec prudence. Le guide, agile comme un félin des tropiques, les conduit sans la moindre hésitation, son assurance princière inspirant confiance. Mero avance avec une grace étudiée, son regard scrutant les détails de ce monde nouveau, tandis que Sven, bien qu’enthousiaste, ralentit légèrement, concentrant son attention sur ses pas pour éviter une chute indigne d’un prince de Fer. Les gardes, vigilants, analysent chaque bruit suspect dans la végétation dense, leurs silhouettes imposantes contrastant avec la sauvagerie luxuriante de la jungle.

  Le grondement de l’eau se fait entendre, d’abord discret puis de plus en plus puissant, annon?ant leur arrivée imminente. Après une dernière montée, le sentier s’ouvre sur un vaste espace, et devant eux se dresse une gigantesque cascade, ses eaux cristallines se déversant dans un bassin profond avec une force à la fois paisible et impressionnante. Une brume fine s’élève du point d’impact, éclaboussant légèrement leurs visages et rafra?chissant l’air lourd de la jungle. La beauté de l’endroit dépasse tout ce que Mero avait pu imaginer, une vision digne des légendes qu’il chérissait enfant.

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  Le guide leur indique de faire une pause, leur permettant d’admirer la vue et de go?ter à la fra?cheur bienvenue du lieu. L’air, plus léger ici, porte une odeur pure et humide, et la végétation dense qui encadre la cascade semble s’apaiser, comme enveloppée d’une aura mystique. Ils s’asseyent près de la rive sur des rochers moussus, leurs regards captivés par le spectacle des eaux s’écrasant contre les pierres polies, absorbant en silence la grandeur tranquille qui les entoure. Ce moment offre une respiration bienvenue dans leur aventure, mais Mero sait que derrière cette beauté sereine se cachent encore bien des découvertes à venir. Après un temps de repos, ils reprennent leur marche, animés d’une détermination renouvelée à explorer davantage les trésors que cette ?le leur réserve.

  Ils poursuivent leur progression avec une lenteur mesurée jusqu’à atteindre un g?te, un refuge rudimentaire niché au c?ur de la jungle où ils passeront la nuit. La cabane, construite en troncs d’arbres taillés grossièrement et recouverte de mousse, semble fusionner avec la nature environnante, son toit de feuilles tressées offrant une protection solide bien que percée de quelques fentes par lesquelles s’infiltre une brise fra?che. Le guide leur annonce qu’ils dormiront dans l’unique salle du g?te, un espace modeste où un sol de terre battue et des bancs rustiques entourent une grande table en bois brut. Au fond, une cheminée en pierre brute domine le mur, et c’est là qu’il entreprend de préparer un repas simple mais réconfortant.

  L’odeur du bois de chauffage emplit la pièce, se mêlant à celle des herbes fra?ches que le guide découpe avec une précision tranquille. Il allume un feu avec des morceaux de bois ramassés en chemin, et les flammes vacillantes projettent des ombres dansantes sur les murs de la cabane, créant une atmosphère chaleureuse malgré la rusticité des lieux. ? Le d?ner sera modeste ?, explique-t-il avec une courtoisie naturelle, ? du riz, des légumes locaux et un peu de poisson séché, partagé sans cérémonie. ? Il semble satisfait de leur offrir ce repas avec les ressources limitées de l’?le, et l’ambiance qui s’installe est empreinte de simplicité.

  Mero, Sven et leurs compagnons s’asseyent autour du feu, partageant un silence réconfortant, loin des préoccupations de la cour impériale. Le crépitement des flammes et le go?t simple du repas rappellent à Mero combien la vie peut être douce dans sa nudité essentielle. Les gardes, bien que vigilants, se laissent aller à une légère détente dans cette chaleur bienvenue, échangeant quelques mots à voix basse tout en surveillant la porte et les fenêtres, comme s’ils anticipaient un danger tapi dans l’ombre de la jungle. Cet abri, bien que dépourvu du luxe auquel ils sont habitués, offre une sécurité inattendue, la lueur du feu compensant la fra?cheur grandissante de la nuit.

  Le guide, tout en préparant le repas, leur raconte des histoires locales, évoquant les anciens habitants de l’?le qui vivaient dans ces contrées reculées, loin des fastes des grandes cités. Il parle des créatures étranges et des légendes qui hantent la jungle, des forces invisibles de la nature qui défient toute tentative de domination. Ces récits captivent Mero, dont l’esprit s’égare vers les rares moments de chasse avec son père et ses frères dans les forêts de Sel – des expéditions dépourvues de gardes, où ils traquaient de petits animaux avec des arcs d’enfants, savourant une liberté simple et précieuse. Ces souvenirs, teintés de nostalgie, ravivent en lui un sentiment de perte douce-amère.

  Une fois le repas achevé, le guide leur fait signe que la nuit tombe et qu’il est temps de se préparer au repos. La salle, dénuée de lits, offre des couvertures de laine épaisses et des paillasses de paille en guise de matelas. Bien que spartiate, l’endroit semble suffisant après une journée d’efforts. Mero, Sven, le guide et les gardes s’installent sur ces couchettes rudimentaires, chacun trouvant un coin près de la cheminée dont la chaleur les enveloppe lentement. à l’extérieur, les bruits de la jungle s’intensifient – le chant des insectes, les cris lointains des oiseaux nocturnes, le sifflement de la brise à travers les fissures du toit – créant une symphonie sauvage qui berce leurs pensées.

  Sven, après un soupir , se tourne vers Mero, un sourire fatigué mais sincère éclairant son visage. ? C’est étrange, ne trouves-tu pas ? Nous sommes loin de tout, et pourtant, cela a quelque chose de… paisible. ?

  Mero hoche la tête, songeur. ? En effet, une simplicité brute émane de cet endroit, une qui nous délie des cha?nes de la vie impériale. Le temps semble suspendu ici, absorbé par la nature elle-même. ? Ces mots, murmurés avec gravité, reflètent la quiétude qui l’envahit, un repos qu’il n’a pas connu depuis longtemps, loin des obligations de l’école, des attentes de sa lignée et du poids de son titre.

  La nuit s’installe doucement autour d’eux, le feu crépitant dans la cheminée illuminant leurs visages fatigués mais satisfaits. Les gardes, vigilants, ont organisé un tour de garde, leurs pas feutrés résonnant à peine dans le silence. Mero ferme les yeux, laissant la sensation d’être loin de tout, dans un lieu sauvage et mystérieux, l’envahir comme une douce hantise. L’?le elle-même semble veiller sur eux, gardant jalousement ses secrets dans l’obscurité. Peu à peu, la chaleur du feu s’éteint, et les premières lueurs de l’aube teintent le ciel d’un rose délicat au-delà des murs de bois.

  Alors que Mero, Sven, le guide et leurs gardes poursuivent leur marche, la végétation luxuriante de l’aile sud-ouest de l’?le s’efface brusquement, cédant la place à un tapis de mousse épaisse et à des lichens aux teintes argentées et vertes, qui semblent scintiller faiblement sous la lumière diffuse. Un brouillard dense enveloppe le sentier, transformant le paysage en une scène irréelle où les contours s’estompent et les distances se dissolvent. Le guide, une figure robuste et assurée, s’arrête un instant pour observer le voile gris qui les entoure. ? Il y a toujours du brouillard après dix heures du matin ?, explique-t-il d’une voix calme mais ferme, son ton trahissant sa familiarité avec les caprices de cette terre sauvage. ? C’est un phénomène naturel ici, mais il exige prudence. S’aventurer trop loin dans cette brume peut rendre l’orientation fort périlleuse. ?

  Le chemin se fait plus ardu à mesure qu’ils montent, les sentiers étroits et sinueux serpentant entre des roches volcaniques aux arêtes acérées. La pente devient de plus en plus escarpée, chaque pas demandant un effort accru, leurs bottes glissant parfois sur le sol humide. Le guide, avec une érudition simple mais captivante, leur désigne les plantes qu’ils croisent, expliquant leurs propriétés avec une précision qui captive l’attention princière de ses jeunes compagnons. ? Voici une feuille de curasol, médicinale, capable de soigner les fièvres ?, dit-il en cueillant une plante aux nervures d’un vert éclatant, avant de pointer une autre, aux pétales d’un rouge venimeux. ? Et celle-ci, la mordelune, est à éviter – son suc inflige des br?lures cuisantes. ? Il leur fait même écouter le chant particulier des oiseaux, dont les mélodies, claires et vibrantes, résonnent étrangement dans l’humidité persistante de la jungle, comme amplifiées par la brume naissante.

  La végétation évolue lentement à mesure qu’ils gagnent en altitude. Les arbres majestueux, aux troncs noueux drapés de lianes, cèdent la place à des buissons touffus, puis à de petites plantes grasses aux formes étranges, leurs teintes passant du vert profond à des nuances plus pales, presque argentées. L’air, plus frais et saturé d’humidité, porte une odeur de terre mouillée et une note subtile de soufre, signe de la proximité grandissante du volcan. Une atmosphère mystique et sauvage enveloppe le groupe, comme s’ils s’approchaient d’un sanctuaire naturel où la puissance brute de l’?le se manifeste dans chaque souffle de vent.

  Sven, prince de Fer, se montre fasciné par les enseignements du guide, posant des questions avec curiosité qui trahit son go?t pour les merveilles de la nature. ? Et cette plante-là, quelles sont ses vertus ? ? demande-t-il, désignant un buisson aux feuilles d’un vert métallique. Le guide sourit légèrement, répondant avec patience tandis que Mero, prince de Sel, préfère s’absorber dans la vue qui se dégage peu à peu autour d’eux. à chaque pas, le panorama s’élargit, révélant des vallées profondes où la jungle s’étend comme une mer verte, ponctuée de crêtes ocre et de ruisseaux argentés scintillant sous les rayons furtifs du soleil matinal. Ils se trouvent désormais en hauteur, et malgré le brouillard qui commence à épaissir, la grandeur du spectacle leur coupe le souffle.

  Soudain, la végétation s’interrompt net, laissant place à un sol recouvert d’une mousse dense et d’un lichen étrange, dont les teintes argentées et vertes se fondent dans le brouillard comme un camouflage naturel. L’impression que la terre elle-même dispara?t sous cette couche de brume saisit Mero, et le paysage devient presque irréel, un tableau vivant où les frontières entre le tangible et l’imaginaire s’estompent. Ils avancent avec prudence, les pierres devenant glissantes sous leurs bottes, les sentiers plus incertains à chaque pas. Le guide, toujours ma?tre de la situation, fait une pause et se tourne vers eux, son regard scrutant leurs visages avec une sollicitude discrète. ? Nous irons un peu plus loin ?, annonce-t-il. ? Le sommet est à portée, mais il faudra redoubler de prudence dans cette brume. Se perdre ici serait aisé. ?

  Ils acquiescent, bien que l’étrangeté de l’atmosphère leur inspire une légère méfiance. Les gardes, plus vigilants que jamais, scrutent les environs, leurs mains effleurant la garde de leurs épées, mais même eux semblent déconcertés par l’étendue du brouillard qui les engloutit. Ils poursuivent leur ascension, leurs pas lourds mais mesurés résonnant sur le sol moussu. Mero se demande si ce qu’ils cherchent au sommet du volcan – une gloire ou une révélation digne de leur rang – justifie les périls de ce voyage. Pourtant, l’excitation de l’aventure, cette soif de découverte qui bat dans ses veines, prend le dessus sur l’incertitude. Peut-être, dans cette brume dense, trouveront-ils une grandeur qui transcende leur propre existence, une vérité qui pourrait redéfinir leur vision de ce monde étrange et sauvage.

  Alors qu’ils progressent, un grondement sourd, presque imperceptible au début, se fait entendre – le volcan respire. à chaque pulsation, la terre sous leurs pieds frémit légèrement, comme animée d’une vie profonde venue du c?ur de l’?le. Cette sensation, à la fois étrange et mystique, enveloppe Mero et ses compagnons, le brouillard amplifiant l’écho de ce souffle tellurique qui semble résonner dans leurs os. La brume autour d’eux se densifie encore, les enla?ant dans un silence épais que seul le grondement persistant du volcan vient troubler.

  Le guide, habitué à ces manifestations, avance d’un pas assuré, son calme princier contrastant avec la tension croissante des autres. à chaque grondement, il jette un regard en arrière, s’assurant que Mero, Sven et les gardes suivent sans faiblir. Ces derniers, les mains proches de leurs épées, se tiennent prêts, leurs yeux scrutant la brume avec une vigilance accrue. L’ambiance, bien que fascinante, est lourde de présages, et tout ici semble murmurer un appel au respect face à la puissance vivante qui les domine.

  ? Le volcan est actif ?, déclare le guide, baissant légèrement la voix comme s’il rendait hommage à cette force résidant au c?ur de l’?le. ? Parfois, il ne gronde que peu avant de s’embraser, mais aujourd’hui, il semble encore contenir sa fureur. La prudence reste toutefois de mise. ? Sven, dont la curiosité ne faiblit pas, interroge le guide avec une avidité contenue. ? à quel moment pourrait-il se réveiller pleinement ? ?

  Le guide, songeur, répond avec une gravité mesurée : ? Cela dépend des caprices de la terre. Elle vibre, elle gronde, mais aucune certitude ne guide ses mouvements. Il s’agit d’une question de patience et de vigilance. ? Mero écoute en silence, son esprit oscillant entre l’exaltation de l’aventure et une inquiétude diffuse face à la menace latente du volcan. Ce souffle lourd, qui s’intensifie à chaque instant, lui évoque une entité vivante, presque consciente de leur présence, un gardien de secrets enfouis sous la pierre noire.

  Malgré le voile de brume qui obscurcit l’horizon, une étrange lumière filtre à travers les nuages de vapeur, comme si le soleil luttait pour percer ce linceul grisatre. Cet éclat ténu confère au lieu une allure irréelle, presque magique, où les ombres se mêlent aux reflets argentés du lichen. Chaque pas rapproche Mero et ses compagnons du c?ur de cette énergie brute, une source à la fois de vie et de destruction qui domine l’?le. Le sol, désormais instable sous leurs pieds, abandonne la mousse pour des roches volcaniques noires et rugueuses, leurs arêtes acérées défiant leurs bottes. Le vent frais des hauteurs porte avec lui une odeur de soufre, légère mais pénétrante, et l’air s’alourdit, saturé d’une densité qui semble peser sur leurs épaules.

  Soudain, un grondement plus fort secoue la terre, ébranlant leur équilibre. Le guide s’arrête net, ses sens en alerte, écoutant attentivement les murmures de l’?le. ? Cela ne devrait pas être inquiétant ?, déclare-t-il d’un ton calme, mais un frisson d’appréhension parcourt Mero. Il y a dans cet endroit une énergie qu’il ne peut expliquer, un défi lancé par la montagne elle-même, comme si elle mettait leur audace à l’épreuve. Il jette un regard à Sven, dont les yeux sombres trahissent une impression similaire. Ils sont loin de l’agitation policée de la capitale, loin des règles et des sécurités des cités impériales. Ici, dans cette brume, sur ce sol instable, tout semble possible – même une rencontre avec l’inconnu qui transcende leur noblesse.

  Le guide, après un instant d’observation, leur demande de rester sur place. ? Je vais inspecter le cratère ?, annonce-t-il avec autorité, avant de s’éloigner dans la brume, sa silhouette disparaissant rapidement dans le voile gris. Mero, Sven et les gardes attendent en silence, leurs regards scrutant les ombres indistinctes qui les entourent, le grondement du volcan ponctuant chaque seconde d’une tension croissante. Le vent souffle plus fort, emportant des volutes de poussière volcanique qui piquent leurs yeux et irritent leurs narines.

  Lorsque le guide revient, son visage est marqué par une tension inhabituelle. Ses yeux, d’ordinaire calmes et assurés, trahissent son inquiétude. ? Le sentier menant au cratère n’est plus praticable ?, déclare-t-il d’une voix grave, son souffle légèrement altéré par l’effort rapide de son retour. ? Le sol a bougé. Les secousses récentes ont fait s’effondrer une partie du chemin. Continuer plus haut serait trop périlleux, la terre est instable. ? Il marque une pause, son regard se posant un instant sur le volcan invisible, dont les grondements semblent répondre à ses paroles. ? Je vous conseille de ne point tenter le destin. Nous devons rebrousser chemin. ?

  Mero et Sven échangent un regard, un mélange de déception et de respect traversant leurs esprits. L’idée de ne pas atteindre le sommet du volcan les chagrine, mais l’avertissement du guide, renforcé par la présence grandissante de cette force naturelle, leur fait comprendre que l’aventure pourrait s’avérer plus dangereuse qu’ils ne l’avaient escompté. Le volcan, tel un souverain jaloux, semble leur interdire cet ultime triomphe. Avec une retenue digne de leur rang, ils acquiescent, et le groupe fait demi-tour, leur progression désormais marquée par une prudence accrue.

  Le terrain devient encore plus rocailleux à la descente, les pierres acérées rendant chaque pas incertain, leurs bottes glissant parfois sur des surfaces tra?tresses. La brume les enveloppe à nouveau, dissimulant l’horizon dans un voile opaque, tandis que le son du volcan, bien que distant, demeure une présence constante, une menace sourde qui semble veiller sur leurs mouvements. Le guide, bien que contrarié par l’impossibilité de les mener au sommet, les conduit avec une détermination calme, ses pas s?rs malgré les caprices du sol.

  ? Il y a d’autres merveilles à explorer sur cette ?le ?, dit-il en les guidant vers une petite vallée cachée non loin de là, où des ruisseaux argentés serpentent entre des rochers lissés par le temps. ? Nous reviendrons un autre jour, lorsque le volcan sera apaisé. ? Ils regagnent un terrain plus stable, la végétation épaisse cédant peu à peu la place à des plantes plus petites et résistantes, leurs teintes passant du vert profond à des nuances plus pales. Les chants mélodieux des oiseaux, qui les ont accompagnés depuis l’aube, leur rappellent que, même dans ces conditions ardues, la nature de l’?le demeure d’une beauté brute et authentique.

  En chemin, ils cessent de parler, chacun plongé dans ses pensées. Le volcan, avec son pouvoir silencieux mais palpable, imprègne l’air d’une énergie que Mero ne peut pleinement saisir. Le bruit de ses grondements les suit, un écho persistant qui ne les quitte jamais, même alors qu’ils s’éloignent de ses flancs mena?ants. Ils reviennent au village où ils ont passé la nuit précédente, mais cette fois, un silence étrange s’installe entre eux. La grande aventure qu’ils espéraient vivre au sommet du volcan s’est achevée abruptement, laissant place à un sentiment d’humilité. Ils ont été confrontés à une puissance bien supérieure à leur audace, et il y a une noblesse profonde à reconna?tre leurs limites face à ce qui les dépasse.

  Le guide leur adresse un sourire alors qu’ils retrouvent le g?te, une lueur de compréhension mutuelle dans son regard. ? Demain ?, dit-il en nettoyant son couteau avec une précision méthodique, ? nous chercherons un autre chemin. L’?le a bien plus à offrir que ce sommet. ? Mero et Sven lui offrent une gratitude silencieuse, conscients que ce n’est pas la fin de leur quête, mais un détour imposé par la nature. Si le volcan garde jalousement son secret, d’autres trésors les attendent peut-être dans les replis de cette terre sauvage.

  Durant la nuit, le volcan se réveille en une éruption soudaine, transformant l’obscurité en un spectacle à la fois fascinant et terrifiant. Une lueur rouge et orangée illumine le ciel, projetant des ombres dansantes sur les parois de bois du g?te, tandis que des coulées de lave incandescente descendent lentement les flancs de la montagne, tra?ant des rivières de feu dans la pénombre. Le bruit du volcan est assourdissant, un grondement sourd qui fait vibrer le sol sous leurs paillasses, éveillant Mero et ses compagnons.

  Mero se redresse, hypnotisé par cette démonstration de puissance brute. Cette vision évoque dans son esprit les légendes de Sel, celles du mont Pitou, qui, selon les récits, avait explosé avec une telle force qu’il avait fendu le ciel, faisant descendre la mer si bas que le fond de l’Océan Vert s’était révélé, avant qu’un mur d’eau ne submerge les ?les dans un chaos indescriptible. Sven, à ses c?tés, partage cette fascination, ses yeux sombres reflétant les lueurs ardentes qui percent la nuit. Le guide les observe depuis son coin, un sourire serein sur le visage, comme s’il assistait à un rituel familier. ? C’est un volcan vivant ?, dit-il simplement, sa voix calme tranchant avec le tumulte extérieur. ? Il respire, il gronde, mais il ne s’éveille jamais pleinement. ?

  Cette assurance rassure Mero, bien que l’éruption semble contenue dans le cratère, comme le guide l’explique. Les habitants de l’?le, habitués à ce géant capricieux, ont appris à coexister avec ses humeurs. Ils restent un long moment à contempler ce spectacle, le silence entre eux n’étant rompu que par le crépitement de la lave et leurs exclamations admiratives, empreintes de retenue face à une force qui les dépasse. Finalement, le guide leur suggère de regagner leurs couchettes. ? Demain, nous redescendrons ?, dit-il. ? Mais cette nuit restera gravée dans vos mémoires royales. ?

  Le lendemain, le volcan crache encore, ses volutes de fumée et de cendres voilant le ciel d’un filtre grisatre qui tamise la lumière du soleil. Le guide les presse de descendre au pas de course vers la plage de l’aile sud, par mesure de sécurité. L’air est chargé d’une odeur acre de soufre, piquante et irritante, et le sol tremble légèrement sous leurs pieds, rappelant la colère contenue de la montagne. Après plusieurs heures de descente à travers la végétation tropicale, où les arbres aux feuillages denses s’entrelacent comme un dais protecteur, ils atteignent enfin la c?te. Le vent marin leur apporte une bouffée d’air frais, lavant l’odeur du soufre et la sueur de leur marche précipitée.

  Devant eux, l’Océan Vert s’étend à perte de vue, d’un bleu éclatant qui contraste avec la lueur rougeoyante du volcan au loin. Des pêcheurs locaux les observent, intrigués par leur arrivée hative, et le guide échange quelques mots dans leur langue chantante. Ils leur indiquent une cabane de bois rustique où le groupe peut se reposer. Mero s’assied sur le sable, le souffle encore court, et contemple l’horizon. Cette mer, après tant de mois d’éloignement, apaise son c?ur. Sven s’approche de l’eau, plongea les mains dans les vaguelettes, savourant leur fra?cheur avec satisfaction. ? C’était incroyable ?, murmure-t-il. ? J’ai vu des tempêtes en mer, mais ceci… c’est une autre forme de puissance. ?

  Mero hoche la tête en silence, le grondement du volcan résonnant encore dans ses oreilles, mais l’océan devant lui offre un répit . Le guide leur explique que, tant que l’activité reste contenue, les habitants ne craignent rien. Ils ont appris à vivre sous l’ombre de ce géant endormi. La nuit se passe là, à écouter les vagues et à observer au loin la montagne flamboyante, une expérience qui marque profondément Mero.

  Le lendemain, ils demandent au guide de les conduire sur l’aile nord-est de l’?le. Ils quittent la plage aux premières lueurs de l’aube, suivant un sentier rocailleux qui les mène à travers un paysage semi-aride. La végétation tropicale s’efface peu à peu, remplacée par des buissons épineux aux formes torturées, des cactus aux épines acérées et des herbes sèches ployées par une brise chaude et salée. Le sol devient sableux, parsemé de roches volcaniques sombres dont les reflets noirs captent la lumière matinale. L’air, plus sec, porte une chaleur intense malgré l’heure, pesant sur leurs épaules comme un manteau de feu.

  ? C’est un tout autre royaume ?, souffle Sven, observant le paysage avec curiosité, ses yeux sombres scrutant les détails de cette terre aride.

  Le guide leur explique que cette région re?oit peu de pluie, l’eau douce étant une denrée rare que les habitants conservent avec une parcimonie admirable, cultivant des plantes résistantes à la sécheresse. Après plusieurs heures de marche, ils atteignent la c?te nord-est. Devant eux s’étendent des plages immaculées, bordées par une mer d’un bleu cristallin qui scintille sous le soleil br?lant. Contrairement aux rivages sud où la jungle s’approche du sable, ici les plages s’ouvrent vastes et libres, offrant une vue dégagée sur l’Océan Vert et, au loin, la silhouette du volcan dont les panaches de fumée dansent dans l’azur.

  Ils s’arrêtent à l’ombre rare d’un acacia tordu par le vent, ses branches noueuses offrant un répit bienvenu. Sven s’agenouille près de l’eau, touchant le sable une admiration. ? Il est si fin… comme une poudre précieuse ?, dit-il, sa voix empreinte d’émerveillement.

  Le guide sourit, une lueur de fierté dans les yeux. ? On l’appelle le sable d’argent ?, explique-t-il. ? Sous la lune, il brille comme un trésor. ?

  Mero se tourne vers l’horizon, inspirant profondément l’air marin qui emplit ses poumons d’une fra?cheur bienvenue. Cet endroit, rude et sauvage, diffère de son royaume de Sel aux rivages luxuriants, mais sa beauté austère le fascine. ? Explorons plus loin ?, propose-t-il, et le guide les mène vers un petit village de pêcheurs niché entre les dunes et les falaises ocre, ses maisons de pierre blanchie s’élevant comme des sentinelles modestes face à l’immense océan.

  Les habitants du village les accueillent avec une curiosité princière mais sans crainte, habitués aux rares visiteurs qui s’aventurent jusqu’à ces confins arides. Leurs vies, rythmées par les marées et les saisons, s’écoulent dans une simplicité que Mero trouve à la fois étrange et admirable. Ils passent la journée à découvrir leurs coutumes, go?tant à des plats de poisson séché relevés d’herbes amères et à des fruits du désert au go?t apre mais vivifiant. Les pêcheurs leur racontent des histoires d’anciennes éruptions volcaniques, décrivant des nuits où le ciel s’embrasait, et évoquent des créatures marines tapies dans les profondeurs invisibles de l’Océan Vert, leurs récits teintés d’un mysticisme qui captive l’imagination de Mero et Sven.

  Alors que le soleil décline, ils montent sur une petite colline surplombant la plage. Devant eux, le volcan crache toujours son panache de fumée, une ombre sur l’horizon, tandis que les vagues viennent mourir doucement sur les étendues infinies de sable d’argent. ? C’est un lieu que je n’oublierai jamais ?, murmure Sven, sa voix empreinte d’une gravité peu commune.

  Mero hoche la tête en silence. ? Moi non plus ?, répond-il, son regard perdu dans l’immense étendue bleue.

  Avant de quitter la plage, Mero remplit une petite bouteille de verre de ce sable d’argent si particulier, dont la lueur faible sous le soleil matinal évoque un trésor. Il se promet de le ramener à Sel comme un souvenir tangible de cette ?le fascinante. Le voyage de retour vers Aiguille s’étend sur une journée, plus aisé qu’à l’aller, le sentier descendant en pente douce à travers les paysages semi-arides avant de replonger dans la végétation tropicale. Ils s’arrêtent dans quelques villages reculés, échangeant des salutations courtoises avec les habitants et go?tant à leurs spécialités locales – des galettes de grains secs, des infusions d’herbes piquantes.

  En fin d’après-midi, ils atteignent Aiguille. Comparée aux hameaux isolés qu’ils ont traversés, la ville semble vibrer d’une énergie presque bruyante, son marché en effervescence emplissant l’air d’odeurs d’épices et de poisson frais. Ils retrouvent l’auberge où ils avaient laissé quelques affaires et s’installent pour la nuit. Après un repas léger – poisson grillé, fruits tropicaux et jus de fruits– ils discutent de leur périple.

  ? Cette ?le est véritablement unique ?, dit Sven en s’étirant, son ton mêlant admiration et fatigue. ? Mais je dois confesser qu’un lit digne de ce nom m’a manqué. ?

  Mero sourit, une lueur amusée dans les yeux. ? Il est vrai que le confort princier a son charme ?, répond-il, ? mais une part de moi regrette déjà la liberté des sentiers escarpés et des plages désertes. ?

  Le lendemain, ils s’apprêtent à reprendre le bateau pour le continent, mais avant de quitter Aiguille, ils rendent hommage au guide qui les a menés avec tant de sagesse à travers les merveilles et les dangers de l’?le. Ils le rétribuent grassement, lui offrant une somme bien au-delà de ses attentes, un geste qui le laisse d’abord hésitant avant qu’il n’accepte avec un sourire reconnaissant. ? Vous serez toujours les bienvenus ici, si vos pas vous ramènent un jour ?, dit-il en s’inclinant avec une courtoisie simple mais sincère.

  Avec le temps qui leur reste, Mero et Sven arpentent les allées du marché, leurs regards attirés par les trésors exotiques des étals : bijoux en corail noir aux reflets profonds, étoffes aux teintes éclatantes tissées de motifs marins, sculptures en bois de santal dégageant un parfum suave, et fioles d’huiles parfumées aux essences rares. Mero choisit avec soin quelques présents – une étoffe brodée pour Leila, un pendentif en pierre volcanique pour Mandarine, des épices rares pour les cuisines du palais de Sel, et une lame en obsidienne finement taillée, un souvenir du volcan toujours actif. Sven, avec une habileté royale dans l’art de la négociation, acquiert des fioles d’essences précieuses et un bracelet en cuir orné de perles gravées, ses choix reflétant son go?t pour les trésors discrets mais raffinés.

  Leurs achats achevés, ils regagnent le port, où le navire les attend, prêt à appareiller. Une dernière fois, ils contemplent l’?le qui s’élève au loin, son volcan dominant l’horizon tel un souverain dans sa couronne de fumée. Le voyage touche à sa fin, mais pour Mero et Sven, l’aventure ne fait que s’inscrire dans leurs mémoires, un chapitre parmi tant d’autres à venir.

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