Mero et Sven effectuent le voyage de retour sans encombre, le train impérial glissant à travers les plaines dorées et les collines verdoyantes de l’Empire de Mor. à leur arrivée à l’école Impériale, ils descendent de la suite royale, leurs vêtements encore imprégnés de l’odeur saline de l’Océan Vert et de la poussière volcanique de l’?le. Les deux gardes impériaux qui les ont accompagnés dans cette expédition les saluent avec une retenue professionnelle, mais Mero et Sven échangent un regard complice avant de s’approcher d’eux, chacun tenant une bouteille de rhum précieux, le plus raffiné qu’ils aient pu acquérir sur le marché d’Aiguille.
Les gardes, d’abord surpris par ce geste inattendu, se consultent du regard, un léger trouble traversant leurs visages burinés par le devoir. Puis, avec une inclinaison respectueuse, ils acceptent les présents, un sourire discret adoucissant leurs traits sévères. L’un d’eux, un homme aux cheveux grisonnants et à la stature robuste, fait sauter le bouchon de sa bouteille et hume l’ar?me riche avec appréciation. ? Jamais je n’ai senti un rhum d’une telle noblesse, Votre Altesse ?, déclare-t-il, hochant la tête en signe de gratitude.
? Vous l’avez amplement mérité ?, réplique Sven, posant une main amicale sur l’épaule du garde avec une familiarité princière qui transcende leur rang. ? Votre vigilance nous a permis de go?ter à cette liberté sans crainte. ?
? Que ce nectar vous rappelle cette ?le sauvage ?, ajoute Mero, son ton mêlant courtoisie et une pointe de malice juvénile. Les gardes les remercient d’une inclinaison de tête empreinte de respect, puis s’éloignent, emportant leurs bouteilles comme des trésors s, leurs pas résonnant sur le pavé de l’entrée de l’école.
Mero et Sven pénètrent ensuite dans l’enceinte de l’établissement, leurs corps alourdis par la fatigue mais leurs esprits encore vibrants de satisfaction après leur périple. L’air de Mor leur semble plus dense, presque oppressant après les jours de liberté passés au c?ur de la nature indomptée de l’?le. Pourtant, il est temps pour eux de retrouver la rigueur de leur quotidien , les études et les devoirs qui les attendent comme des cha?nes dorées.
? Demain, les entra?nements reprennent ?, soupire Mero résignation, son regard se perdant un instant dans les corridors familiers de l’école.
Sven grimace, ajustant son manteau avec une nonchalance étudiée. ? Et les études aussi ?, ajoute-t-il, sa voix teintée d’une légère ironie. ? Adieu les vagues et les volcans, bonjour les parchemins et les le?ons ! ?
Ils échangent un éclat de rire, un son clair qui résonne dans le hall désert, avant de se diriger vers leurs appartements respectifs. La mer s’éloigne derrière eux, mais son souvenir reste gravé dans leurs ames, une empreinte indélébile de sel et de feu qu’ils porteront comme un trésor .
Trois jours plus tard, la quiétude de l’école est brisée par le hurlement strident des sirènes dans la nuit. Mero se redresse en sursaut sur sa couche, son c?ur battant à tout rompre, une sueur froide perlant sur son front. à travers les vitres de sa chambre, le ciel nocturne s’embrase d’une lueur orangée, une épaisse fumée s’élevant comme un linceul au-dessus de la ville de Mor. Une odeur acre de bois br?lé et de métal fondu s’infiltre dans l’air, annon?ant un désastre imminent.
Un martèlement urgent retentit à sa porte, et les gardes impériaux font irruption, leurs visages tendus par l’urgence . ? Votre Altesse, il faut évacuer immédiatement ! ? déclare l’un d’eux, sa voix ferme mais teintée d’une gravité inhabituelle.
Mero bondit de son lit, saisissant une tunique convenable qu’il enfile avec hate, ses doigts tremblants ajustant les boutons d’argent. Lorsqu’il ouvre la porte, Sven surgit dans le couloir, déjà vêtu, son visage grave mais résolu. ? Une sidérurgie a explosé ?, l’informe-t-il, son ton masquant à peine l’urgence. ? Le feu s’est propagé à la ville basse et menace désormais l’école. ?
Ils descendent les escaliers en hate, leurs pas résonnant dans les corridors de pierre tandis que des élèves paniqués s’entassent dans le hall d’entrée, leurs cris étouffés par l’épaisse fumée qui commence à envahir les lieux. Les professeurs et les gardes s’efforcent de maintenir un semblant d’ordre, mais l’urgence est palpable, une tension qui fait vibrer l’air comme une corde d’arc trop tendue.
? Où est Leila ? ? s’écrie Mero, sa voix tranchant à travers le chaos, une inquiétude l’étreignant soudain à la pensée de sa fidèle ma?tresse d’h?tel.
? Elle est en sécurité dans l’aile médicalisée ?, le rassure Sven, posant une main ferme sur son épaule. ? Mais nous devons partir sans délai ! ?
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à l’extérieur, l’air est épais et br?lant, une chaleur oppressante qui leur coupe le souffle. Des cendres flottent dans le ciel comme une neige maudite, tourbillonnant autour d’eux alors qu’ils émergent dans la cour. Les rues de Mor s’animent d’une foule en fuite, des habitants portant des seaux d’eau dans une tentative désespérée de ralentir l’avancée des flammes, leurs visages noircis par la suie et l’effroi. ? Par où allons-nous ? ? demande Sven, scrutant les alentours avec vigilance, ses yeux sombres cherchant une issue dans ce chaos incandescent.
Mero hésite un instant, son esprit déchiré entre la fuite vers un refuge s?r et le désir d’aider la ville en proie aux flammes. Mais avant qu’il ne puisse répondre, les gardes interviennent, leurs voix autoritaires coupant court à toute délibération. ? Pas le temps, Vos Altesses ! ? s’exclame l’un d’eux, les guidant avec fermeté vers des fiacres qui les attendent, prêts à les emporter loin du brasier.
Les chevaux galopent à une allure effrénée, leurs sabots martelant le pavé dans un fracas assourdissant qui résonne comme un tambour de guerre. à travers les fenêtres du fiacre, Mero et Sven observent la ville en flammes s’éloigner peu à peu, ses tours et ses toits s’effa?ant dans un voile de fumée noire. L’odeur acre persiste, s’accrochant à leurs vêtements et à leur peau comme un souvenir indélébile de cette nuit maudite. Les gardes, tendus, restent aux aguets, leurs regards scrutant l’obscurité pour anticiper tout danger imprévu.
Après une heure de trajet, ils atteignent une vaste propriété à l’écart de la ville, un manoir utilisé pour héberger les dignitaires en déplacement. Les serviteurs, déjà à pied d’?uvre, les accueillent avec une diligence irréprochable, leurs salutations empreintes de retenue malgré l’urgence de la situation. ? Nous devons attendre ici jusqu’à nouvel ordre ?, déclare un capitaine de la garde, son ton ferme mais respectueux. ? L’Empereur a été informé, et des secours sont en route. ?
Sven serre les poings, ses traits durcis par une frustration contenue. ? Nous sommes inutiles ici ?, dit-il, sa voix vibrante d’un mélange de colère et d’impuissance. ? Nous devrions être là-bas, à aider. ?
Mero partage ce sentiment, une amertume montant en lui face à leur inaction forcée. Pourtant, ils n’ont d’autre choix que d’attendre, la nuit s’annon?ant longue et lourde sous le poids de leur impuissance.
Pendant sept jours et sept nuits, la ville de Mor br?le, un enfer dont les flammes dévorent sans répit. Pour des raisons de sécurité, Mero et Sven sont confinés dans le manoir, interdits de sortir par les ordres stricts de la garde impériale. L’odeur persistante de la fumée s’infiltre par les fenêtres closes, et chaque matin apporte des rapports de leurs serviteurs – des quartiers réduits en cendres, des familles déplacées, des blessés affluant vers les temples transformés en dispensaires de fortune.
Dans cette cage dorée, Mero et Sven refusent de rester oisifs. Ils passent leurs journées à élaborer un plan pour venir en aide à la population, conscients que leur rang leur impose un r?le au-delà de la simple survie. Bien qu’ils ne puissent quitter le manoir, leurs serviteurs, eux, peuvent agir. Ils organisent tant bien que mal des soupes populaires, dépêchant leurs gens pour distribuer des vivres – pains, légumes secs, viande salée – et installer des camps de fortune dans les environs épargnés par l’incendie. Utilisant leurs fonds personnels, ils financent l’achat d’eau potable, de couvertures épaisses et de vêtements pour les sinistrés, leurs ordres donnés avec une précision qui trahit leur détermination.
Au fil des jours, une vérité s’impose à eux : leur r?le ne réside pas dans l’action physique – porter des sacs ou dresser des tentes – mais dans la logistique, l’art subtil de coordonner les efforts pour que chaque ressource parvienne au bon endroit au bon moment. Ils apprennent à déléguer avec une autorité mesurée, à superviser les opérations depuis leur refuge, leurs esprits s’adaptant à cette nouvelle forme de devoir. ? Ce n’est point sur le terrain que nous servons ?, murmure Mero un soir, observant Sven qui ajuste une carte des secours. ? C’est dans l’ombre, en veillant à ce que chaque rouage fonctionne sans faille. ?
Sven acquiesce, un sourire éclairant son visage fatigué. ? Ainsi va la charge d’un royal ?, dit-il, son ton mêlant résignation et fierté.
Une semaine plus tard, lorsque l’incendie s’éteint enfin, une réalité nouvelle se dessine. La ville de Mor est méconnaissable, ses quartiers bas réduits à des champs de cendres fumantes, ses rues autrefois animées désormais silencieuses sous un linceul grisatre. L’école Impériale, bien que touchée par les flammes, a résisté grace aux efforts héro?ques des pompiers et des soldats, ses murailles noircies mais debout. Pourtant, au milieu de cette désolation, les habitants commencent déjà à reconstruire, leurs mains fa?onnant un avenir à partir des ruines. Mero et Sven observent ce spectacle avec un mélange d’admiration et de gravité, comprenant que cette catastrophe a révélé à la fois le pire et le meilleur de l’Empire.
Le courage et l’organisation des pompiers, des gardes et de la population ont permis de limiter les dégats et de sauver l’école. Grace aux interventions de Mero et Sven, les survivants ont trouvé refuge, nourriture et soins, leur logistique impeccable offrant un soutien vital dans l’ombre du chaos. Peu à peu, la ville se relève, ses fondations renaissant des cendres, et l’incendie entre dans l’histoire comme l’un des plus terribles que l’Empire ait connu.
Les dortoirs de l’aile nord de l’école ont été entièrement consumés par les flammes, leurs poutres noircies s’effondrant dans un silence qui contraste avec l’agitation passée. Les élèves, délogés de leurs quartiers, sont déplacés vers les dortoirs encore intacts, transformant la résidence autrefois calme de Mero et Sven en un havre bruyant où résonnent les voix des enfants de ducs et de barons. Cette cohabitation déroge au protocole impérial, une entorse aux hiérarchies strictes qui régissent leur vie, mais ils savent qu’ils doivent s’y plier avec grace. Pendant une semaine, les cours sont suspendus, le directeur et ses employés s’affairant à évaluer les dégats et à préparer les réparations, leurs silhouettes affairées traversant les couloirs noircis comme des ombres dans un palais en convalescence.
Mero et Sven re?oivent l’autorisation de participer à la reconstruction d’un quartier de la ville basse, une récompense pour l’aide logistique qu’ils ont apportée durant la crise. Ils s’y rendent chaque matin, leurs tuniques troquées pour des vêtements plus simples mais toujours marqués de leur rang – des chemises de lin aux manchettes brodées, des pantalons ajustés aux galons subtils. Sous leurs ordres, des artisans et des ouvriers travaillent à relever les murs calcinés, tandis qu’ils supervisent, veillant à ce que chaque pierre soit posée avec soin, chaque poutre solidement fixée.
Un jour, alors qu’ils contemplent les premières maisons renaissantes, Sven pose une main sur l’épaule de Mero, son regard sombre empreint d’une fierté mal contenue. ? Nous n’avons pas porté les seaux d’eau ?, dit-il, ? mais ceci est notre ?uvre autant que la leur. ?
Mero acquiesce, un sourire éclairant son visage fatigué. ? Notre rang ne se mesure pas à nos mains dans la cendre, mais à notre capacité à guider ceux qui y plongent ?, répond-il, sa voix résonnant d’une maturité nouvelle.
Ils savent que leur r?le, forgé dans cette épreuve, les a transformés. La mer et l’?le volcanique étaient une aventure ; cette reconstruction est un devoir qui les ancre dans leur destinée.